retour à la page d'accueil
corps et matière
pdf à télécharger usure des corps
pdf à télécharger corps au travail
pdf à télécharger accidents mortels
pdf à télécharger poussières
retour à la page d'accueil retour     » voir les vignettes : corps et matiere     » photo : Ferdinand Hodler - Der philosophierende Arbeiter small / n°1 sur 10

   +    ++   D
Notre corps, pas plus que celui des animaux, n’est construit a priori pour le travail.
Par le travail, il se construit, (voir texte en pdf, issu de la revue CORPS N°6) ou se détruit.

Chaque tradition a inventé des gestes qui lui sont propres, une posture par rapport à la matière.
Travailler le bois, comme l’on dit (curieuse expression qui laisse entendre que c’est à mains nues, comme l’on pétrirai la terre ou la pâte à pain), a changé à la fois mon corps, et la perception que j’en avais.

Ne plus travailler la matière que bien indirectement, par ordinateur et plans interposés, aussi, hélas.
Georges Navel , ouvrier anarchiste, ne peut être suspecté de complaisance envers la "beauté du travail", et pourtant :
" Il n'est pas de terrassier qui ne se réjouisse de son lancer de pelle. De la répétition du même effort naît un rythme, une cadence où le corps trouve sa plénitude. (...) Avant la fatigue, si la terre est bonne, glisse bien, chante sur la pelle, il y a au moins une heure dans la journée où le corps est heureux ". G.Navel, (Travaux,Folio)

Mais il est un autre versant :
« dans ce métier, si t’es pas mort à 65 ans, t’es un feignant » (Chantier interdit au public, N. Jounin, La Découverte,2008)
Comment ne pas rappeler ici que les métiers du bâtiment sont parmi les plus dangereux, et ceux qui épuisent le plus le corps ? L'accident récent survenu sur le chantier du Collège Wallon, ou celui qui a atteint C.Larrouy sur le chantier de son atelier, en sont malheureusement la preuve.
Les poussières des bois exotiques (voir pdf) représentent un autre danger , plus insidieux.

Le documentaire J'ai mal au travail fait état des destructions lentes et continues du corps, par le travail.

Est-ce pour ces raisons que le travail est si peu présent dans l’iconographie occidentale , alors que cette civilisation repose par ailleurs sur son exploitation, et la magnification qui l'accompagne.
Trop violent ? trop rude ? trop loin du monde des artistes, et de celui de leurs commanditaires.
Distance qui apparaît à la vision du seul charpentier présent dans les musées : l’infortuné Saint-Joseph.
Le sublime tableau de Latour, est d’un naturalisme bien superficiel : nous suggère t-il que l’on travaillait déjà aux trois huit sous les Romains ? ou bien, puisque tailler une mortaise à la lueur d’une chandelle est tâche impossible, veut-on nous dépeindre cet auguste vieillard comme un imbécile ?
Non, simple méconnaissance, ….ou simple mépris ?
Il faut se tourner vers le Japon pour trouver des représentations vraisemblables de charpentiers.
J’emprunte au « Japanese architecture » de K.Nishi et K.Hozumi (Kodansha,1983), les planches, issues de rouleaux anciens, où la chorégraphie des corps au travail, le rapport avec la matière, sont dépeints avec précision, et gourmandise.
Les « mangas » de Kuwakata Keisai, ancêtres de celles de Hokusai, y évoquent à la fois la peine , et le jeu, le plaisir, et la souffrance.
On ne saurait mieux dire.

Sur le sujet, lire :"Le corps à l'ouvrage" de Thierry Pillon (Stock,2012) : que de souffrances y sont décrites, hélas !