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ecoute_bucheron
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"Escoute, Bucheron ( arreste un peu le bras )
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas,
Ne vois-tu pas le sang lequel degoute à force
Des Nymphes qui vivoyent dessous la dure escorce ?"
Ronsard

Le conseil d'Etat, soucieux des pipistrelles communes ou non, des pics verts et mars, vient de rendre un avis contre la destruction de la forêt de Tronçay. D'une certaine façon, les animaux ont donc défendu leur cause au Palais Royal, et l'ont emporté. On a bien vu cette semaine un cerf affolé blesser un chasseur...

On peut s'en réjouir, mais aussi déplorer que ce soit sur de tels arguments seulement que l'on vienne à mettre fin à un projet qui n'est simplement pas à l'échelle de la forêt, donc plus meurtrier à terme que vivifiant, quelles que soient les promesses d'emploi....
Comme le dit très bien la députée EELV Sandrine Bélier
"On nous a vendu une scierie, mais c'est plus qu'une scierie, c'est un complexe industriel. [...] Le Morvan a un capital bois. Le fait de développer une économie sur ce capital, le trouve que c'est plutôt bien, mais à une échelle beaucoup plus proportionnée, et qui bénéficie à la région. "[...] La taille du projet va mettre en danger l'ensemble de la filière sur le territoire. Sur le dernier projet de ce type, un exemple en Suisse, la scierie a eu une durée de vie de quatre ans, parce qu'il y a un problème de ressource. [...] Il est intéressant de considérer l'énergie bois dans un mixte énergétique. . Il ne s'agit pas de remplacer d'autres sources d'énergie par le bois, ça serait un non-sens. Est-ce que le bois est intéressant en production d'énergie de masse ? Je ne le pense pas."

Une telle forme d'exploitation nuit à toute autre forme plus subtile d'utilisation de la ressource, et même l'Interprofession du bois locale s'est opposée au projet ERSCIA.

Une occasion de réfléchir sur le passage du temps, celui du retour sur investissement , et celui de la repousse des arbres ne se conjuguent pas si brutalement.

Une occasion aussi de réfléchir sur la notion d'échelle, la notion de mesure, et celle de démesure, opposée, que les grecs nommait "Hubris" : une forme de folie selon eux.
Lire Jean-François Mattéi :" Le Sens de la démesure: Hubris et Dikè" (Editions Sulliver) : ci-dessous un commentaire de R.Redeker sur ce livre :
"Mesure et démesure déchirent l'homme – « le plus inquiétant de tous les êtres inquiétants ». Exposé par sa soif de conquête, d'aller de l'avant, sa fascination de l'infini, par ses passions, chaque homme porte l'incendie de l'hybris en son sein. L'objet de la démarche de Platon est par le détour de l'ontologie de poser une mesure de l'homme: l'essence au-delà de toutes les essences, l 'idée de Bien, sera l'instrument de cette mesure. Chez les modernes – pointons ici l'illusion humaniste - , l'homme lui-même, débarrassé de toute norme extérieure autant que de Dieu, est devenu la mesure de toutes choses. Cette indétermination normative empêche de trouver une limite à la démesure. Selon Mattéi, « l'illusion de l'homme-mesure, par laquelle l'homme s'arroge le droit de tenir l'être sous son regard, révèle la réalité de l'homme-démesure »."