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géopolitique Tupi
retour à la page d'accueil retour     » voir les vignettes : geopolitique tupi     » photo : JeanDeLery / n°1 sur 3

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Quand Lévy-Strauss s’embarque pour le Brésil, il a dans sa poche le récit que fit de son voyage et de son séjour Jean de Léry, parti 4 siècles avant lui.
Ce récit est un témoignage riche, à plus d’un titre. Mais le noyau , le joyau est le dialogue suivant :

"Au reste, parce que nos Toüoupinambaoults sont fort ébahis de voir les Français et autres des pays lointains prendre tant de peine d’aller quérir leur Arabotan, c’est-à-dire, bois de Brésil, il y eut une fois un vieillard d’entre eux, qui sur cela me fit telle demande :
Que veut dire que vous autres Mairs et Peros, c’est-à-dire Français et Portugais, veniez de si loin quérir du bois pour vous chauffer ?
n’en y a-t-il point en votre pays ?
A quoi lui ayant répondu que oui, et en grande quantité, mais non pas de telles sortes que les leurs, ni même du bois de Brésil, lequel nous ne brûlions pas comme il pensait , mais (comme eux-mêmes en usaient pour rougir leurs cordons de coton, plumages et autres choses) les nôtres l’emmenaient pour faire de la teinture, il me répliqua soudain :
Voire, mais vous en faut-il tant ?
Oui, lui dis-je, car (en lui faisant trouver bon) y ayant tel marchand en notre pays qui a plus de frises et de draps rouges, voire même (m’accommodant toujours à lui parler des choses qui lui étaient connues) de couteaux, ciseaux, miroirs et autres marchandises que vous n’avez jamais vues par deçà, un tel seul achètera tout le bois de Brésil dont plusieurs navires s’en retournent chargés de ton pays.
Ha, ha, dit mon sauvage, tu me contes merveilles.
Puis ayant bien retenu ce que je lui venais de dire, m’interrogeant plus outre dit,
Mais cet homme tant riche dont tu me parles, ne meurt-il point ?
Si fait, si fait, lui dis-je, aussi bien que les autres.
Sur quoi, comme ils sont aussi grands discoureurs, et poursuivent fort bien un propos jusqu’au bout, il me demanda derechef,
Et quand donc il est mort, à qui est tout le bien qu’il laisse ?
A ses enfants, s’il en a, et à défaut d’iceux à ses frères, sœurs, ou plus prochains parents.
Vraiment, dit lors mon vieillard (lequel comme vous jugerez n’était nullement lourdaud) à cette heure connais-je que vous autres Mairs, c’est-à-dire Français, êtes de grands fols :
car vous faut-il tant travailler à passer la mer, sur laquelle (comme vous nous dites étant arrivés par-deçà) vous endurez tant de maux, pour amasser des richesses ou à vos enfants ou à ceux qui survivent après vous ?
La terre qui vous a nourris n’est-elle pas aussi suffisante pour les nourrir ?
Nous avons (ajouta-t-il) des parents et des enfants, lesquels, comme tu vois, nous aimons et chérissons ;
mais parce que nous nous assurons qu’après notre mort la terre qui nous a nourri les nourrira, sans nous en soucier plus avant nous nous reposons sur cela. "