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les cultures populaires sont savantes
film à visionner Giovanna Marini
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Savant est un adjectif qualificatif,à nuance appréciative.
Populaire veut dire:propre au peuple.
Est vernaculaire ,étymologiquement,ce qui est propre au vernacula,l’arrière-cour réservée à l’esclave.
Il est de règle d’opposer cultures savantes, et cultures populaires, ou, en architecture, architecture savante et architecture vernaculaire. Implicitement, la nuance contenue dans l’adjectif « savant » introduit une hiérarchie où, pour résumer, la culture dite « savante », c'est-à-dire se transmettant par voie de textes et de plans, surplombe les cultures dites traditionnelles, se transmettant par voie orale, sans autres traces que les réalisations.
Claude Levi-Strauss a, dans « Race et Histoire », repéré la ligne de partage entre savoir cumulatif et savoir traditionnel, et dit combien cette séparation brouille la compréhension entre cultures, nourrissant le racisme, justifiant le colonialisme.
On pourrait ajouter que cette propension à l’accumulation, non seulement du savoir, mais aussi des biens, est la marque du monde judéo-chrétien, et de la domination qu’il a établie sur le monde, pour notre malheur commun : ce sous quoi nous étouffons.
Un tour d’horizon plus large, englobant le Japon, où les artisans de grand savoir sont reconnus comme Trésors vivants, au moins à l’égal de leurs réalisations, permet de juger de la qualité d’une culture, ici d’une culture constructive, autrement que par l’abondance des traces écrites permettant sa transmission : la richesse et la complexité du patrimoine transmis contraste dans ce cas avec la minceur des traces écrites.
La transmission orale permettant une juste interprétation des quatuors de Brahms ou Bartok, à travers les filiations qu’ont établies entre eux les interprètes successifs de leurs œuvres, pour n’avoir laissé aucune trace écrite, sera-t-elle qualifiée de « non savante » ?
Si l’on accepte au contraire une définition plus large du terme « savant », au sens de : requérant un ensemble cohérent de connaissances, concernant l’extraction, et la transformation des matières premières, connaissance et maîtrise des outils de transformation de cette matière, organisation d’un chantier, connaissance des milieux au sens géologique, biologiques, humains, culturels,… il faut décerner aux bâtisseurs de l’architecture vernaculaire le titre de savant auxquels bien peu des constructeurs d’aujourd’hui peuvent prétendre.
Il est de bon ton, dans la sphère professionnelle, de se plaindre, parfois à juste titre, du manque de compréhension du public vis-à-vis de l’architecture contemporaine. Le problème existe, mais ne se résume pas au manque d’éducation du «public ».
Faisons encore un effort pour être savants, chers amis, et nous serons populaires.

Les photos des greniers à mil de Félicité, à Tionkwy, comme illustration d'un savoir qui fait intégrer les éléments structurels (renforts de la base) et fonctionnels (marches d'accès à la porte) comme des éléments décoratifs : du grand art.

Actualisation du 15 juillet 2010
Giovanna Marini (voir film) disant la même chose, mais surtout le démontrant par le chant.