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mon oncle
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Si l’architecture est passée à côté du cinéma , de son côté, le cinéma n’a pas raté l’architecture.
(Je précise tout de suite que je ne me sens pas indemne, loin de là, en tant que complice actif.)
A plus de cinquante ans de distance, « Mon oncle » (1958) de J.Tati , et « L’homme d’à côté » de Gaston Duprat (2010) exploitent le même filon, et ce n’est pas l’effet du hasard.
D’un côté, la vie, hirsute, bigarrée, joyeuse, et dure aussi, celle de l’oncle parisien, celle de Victor l’argentin.
De l’autre, des formes, de béton, mais qui pourraient aussi bien être de bois (un « mon oncle » contemporain se déroulerait dans le bois et le verre), qui ne parviennent pas à accueillir la vie en elles. Pire, qui pourraient interdire la vie, la stériliser, à force de précision, de netteté, de reflets.
La maison de « mon oncle » est un pastiche de l’architecture pratiquée dans les années cinquante, celle dans laquelle se déroule « L’homme d’à côté » est une maison de Le Corbusier de 1948, mais aujourd’hui , les mêmes prétentions au sublime règnent, comme une alluvion du mouvement moderne, dont le fleuve s’est par ailleurs tari, si bien que le problème subsiste.
Le rire qui naît de cette « superposition du mécanique et du vivant » (Bergson) se fige vite. Si ce cinéma au premier abord joueur est d’une cruauté totale, c’est que la société qu’il décrit, celle des « trente glorieuses » en France, de la société néo-libérale argentine, est dans sa coupure, elle aussi féroce.
Comment les formes que crée l’architecture contemporaine participent de et à cette cruauté ?
Voilà ce sur quoi nous devons sans cesse nous interroger.
« La forme, c’est le fond qui monte à la surface » (Victor Hugo).
Ces formes –là reflètent souvent l’absence de fond : que des surfaces !
Superbes plans d’ouverture et de clôture (au double sens du terme) de « L’homme d’à côté », qui crèvent littéralement ces surfaces, pour donner à voir l’épaisseur de la vie, son grain, puis la referment , comme l’on ferme une tombe.
Le grain de la voix de Victor, rocailleuse comme celle de mon ami Xavier, est une des trouvailles du film : cette voix corrode tout ce qui est lisse : les conventions sociales, les surfaces glabres. Ce grain de voix est un grain de sable dans les rouages.
De même la démarche dansante de M.Hulot est la meilleure parade contre une société qui alternativement se vautre, et s’empresse : la danse comme arme contre la dureté des choses et des gens. « Dansez, dansez, dansez, sinon sous sommes perdus » (Pina Bausch)
Est-ce là les pistes qui s’ouvrent ? une architecture dansante , avec « du grain » ? question restant ouverte.
La fin des 2 films, au contraire, ne l’est pas : elle tombe, dans les deux cas, comme un couperet.
Ces films éminemment comiques, et politiques, reflétant la tragédie de leurs siècles , leurs fins brutales ne sont pas non plus l’effet du hasard.